Sri Lanka, des plages du Sud aux plantations de thé

Après plus de 30 années de guerre civile, en 2009, le Sri Lanka a enfin retrouvé un climat de paix et de sérénité. La croissance économique a également repris avec le tourisme qui permet de redécouvrir cette île orientale, perle de l’océan Indien où l’espoir est à nouveau présent.

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Le « Doorman des princes », figure du Galle Face Hôtel à Colombo

Colombo, le nom seul nous fait rêver d’Orient et exhale des parfums d’épices lointaines aux arômes évocateurs de jardins remplis de cannelle, de girofle, de muscade et de cardamome.

Colombo, la ville des extrêmes ! Lumière et désordre, or et poussière ! Le Sri Lanka, situé tout au bas du subcontinent indien évoque une goutte d’eau se détachant tout doucement de l’immense péninsule et brillant de mille feux, tel un diamant, sur l’océan Indien.

 

Cependant, malgré sa longueur s’étendant sur des kilomètres de côtes, Colombo, la capitale, retient peu les visiteurs qui s’égarent dans l’imbroglio de cette métropole trépidante comme si les traits et le karma (destin) de cette cité majestueuse avaient été définis pour l’éternité.

 

Colombo, une agglomération toujours en mouvement, vit depuis 2009, fin de la guerre civile, une renaissance économique. Il y demeure encore, cependant, quelques lieux hors du temps comme le Galle Face Hotel, superbe palace légendaire datant de 1864 qui fait face à l’océan Indien.
Vous ne pouvez pas passer à Colombo sans rencontrer le « doorman des princes ». Mr Kottarapattu Chattu, âgé de plus de 90 ans et vétéran des employés de l’hôtel où il entra en 1942, vous accueille à l’heure du thé. Portier de l’hôtel, il a croisé des célébrités du monde entier, vedettes et têtes couronnées, comme Ursula Andress, Duke Ellington, le maréchal Tito et l’Aga Khan. Vêtu de son superbe uniforme blanc recouvert de pins et de décorations et arborant une chevelure argentée assortie d’une moustache de lord anglais, il est une figure incontournable de Ceylan.

 

Du jus de fruit dans les voiles à Negombo

Située à 40 km au nord de Colombo, cette paisible station balnéaire à taille humaine est une enclave minoritaire chrétienne sur cette île essentiellement bouddhiste. Cependant, les différentes religions y cohabitent en bonne harmonie : chrétiens, bouddhistes, hindouistes et musulmans.

 

Par ci, par là, des églises couleurs pastel bâties par des marins portugais surgissent de la végétation tropicale, vestiges des anciennes colonies européennes. Negombo, fortement marquée par la religion chrétienne est un village un peu particulier, tout comme Goa, en Inde, créée également par les marins portugais.

 

Port de pêche avant d’être une station balnéaire, Negombo vit au rythme de la mer et des vents, parfois paisibles, parfois déchaînés. L’immense plage de sable bordée de guesthouses a conservé son charme et a été préservée des constructions de béton inhérentes au progrès.

 

En admirant l’océan, on peut observe de curieuses embarcations semblables à des feuilles mortes. Il s’agit de catamarans traditionnels de pêche entièrement de bois et pourvus de voiles de forme rectangulaire de couleur rouille et ocre. Cette couleur particulière est obtenue d’un fruit rouge local duquel est extrait un liquide qui rendrait les voiles imperméables à l’eau et au vent. Des voiles teintées au jus de fruit… ici la nature n’a pas d’équivalent… !

À Galle, dans les pas de Nicolas Bouvier

Encerclée de remparts telle une cité de Vauban, la vieille ville de Galle, à 116 km au sud-est de Colombo, s’avance à la manière d’un éperon défensif dans les eaux tumultueuses de l’océan Indien. Un phare immaculé s’élance vers le ciel au bout d’une digue, à proximité d’une ancienne église portugaise reconvertie en mosquée dans un paysage qui pourrait être Zanzibar. Enfin, au milieu des jardins luxuriants de manguiers, de cocotiers et de tamariniers sont disséminés quelques toits de tuiles romaines à l’ombre de clochers d’une blancheur éclatante qui rappelle Salvador de Bahia au Brésil. Galle se prononce « Gaulle » à l’anglaise et « Gallé » à la cinghalaise.

Cette cité de caractère, très agréable pour un séjour de quelques jours, résume à merveille quelques siècles d’histoire du Sri Lanka avec ses maisons coloniales de style hollandais du 18ème siècle patinées par les ans et les embruns, ses églises baroques et ses magnifiques places à l’ombre des immenses banyans. La circulation, lente, se limite à la valse des tuk-tuk dans les rues étroites qui se croisent à angle droit.

Au 22, Hospital Street, se trouve une maison patinée par les âges, en retrait du monde. C’est là qu’à vécu Nicolas Bouvier, l’écrivain suisse, qui y vécut 7 mois en 1955 après un périple de 2 ans dans les pays du Moyen-Orient et en Inde. Il y louait une chambre sous les combles pour une roupie par jour. Aujourd’hui, cette soupente existe toujours, intacte et tout aussi misérable : murs bleus défraîchis, plancher troué, deux lits vétustes et une table fatiguée… Dans son livre, « Le Poisson-Scorpion », l’écrivain raconte son séjour à Galle, qu’il compare à l’enfer alors qu’il était seul, malade et déprimé et qu’il faillit y perdre la raison.

Le propriétaire de cette maison, W. R. Crunasekera, qui ne parle que le sri-lankais, peut vous faire visiter la chambre de Nicolas Bouvier si vous le lui demandez. Il avait 3 ans lors du séjour de l’écrivain suisse.

La côte Sud : des plages paradisiaques

Plus à l’est se trouvent les plages de Unawatuna et Mirissa. En longeant la route qui mène à Matara, nous passons près de la baie d’Unawatuna, à 5 km de Galle. Une plage de carte postale, qui fait rêver d’exotisme et de paradis sur terre…

Cependant, en 2004, ce site idyllique se transforma en enfer avec le tsunami qui fit un nombre impressionnant de morts. Mais la vie et la nature reprennent toujours leurs droits et aujourd’hui, le tourisme a redémarré de plus belle avec une toute nouvelle station.

Unawatuna est une baie de taille raisonnable qui dégage un charme incontestable. Elle se termine par une pointe rocheuse portant un superbe dagoba blanc, sorte de monument blanchi à la chaux ressemblant à une cloche bouddique.

Plus loin, 4 km après Weligama et 10 km avant d’arriver à Matara, se trouve la plage de Mirissa, qui sans être paradisiaque, est l’une des plus belles plages de l’île. Un nom évocateur et poétique à souhait qui sonne magnifiquement dans ce paysage qui a su conserver son authenticité.

La plage de Polhena, située à 3 km à l’ouest de Matara, a également connu le drame du tsunami. Environ 110 habitants du village qui en comptait 3 000 ont péri lors de cette catastrophe à Noël 2004. Ici, en entendant les récits du drame, on comprend qu’il est encore bien présent dans les esprits, même si beaucoup répugnent à en parler.

Il est possible de se baigner toute l’année à Matara sans aucun risque. La baie est protégée par une barrière de corail. La majorité des petits hôtels bon marché offrent de vous accompagner sur la barrière de corail où vous pouvez plonger pendant des heures avec masque et tuba pour admirer les poissons et les coraux. Evitez cependant les jours de pleine lune ou de grande marée : la mer est très mauvaise et les fonds remuent tellement qu’il est impossible d’y distinguer quoi que ce soit.

Nuwara Eliya : étape au manoir de Trevene

À 77 km au sud de Kandy, Nuwara Eliya est la plus haute ville du Sri Lanka. Située à 1 900 m d’altitude, elle est un havre de fraicheur avec un climat doux et tempéré, comparé aux chaleurs caniculaires du bord de mer. Créée par la colonie britannique à la fin du XIXème siècle, cette sympathique station balnéaire est un mariage réussi entre l’architecture de style Windsor et Tudor et l’environnement cinghalais.

Récupéré intact lors de l’indépendance de l’île, sans aucune violence d’aucune sorte et sans animosité, le village est entouré de vertes collines essaimées autour d’un lac, de bosquets luxuriants, de potagers à l’ombre des vergers, de plantations de thé (célèbre dans le monde entier), ainsi que d’anciennes résidences coloniales et des prairies d’altitude où paissent impassiblement des vaches.

Empreinte de cette époque révolue, le manoir de Trevene (nom d’origine galloise à prononcer « The Trivine ») est la propriété d’un couple sri lankais, Nisansal et Dilrushka Pallegedara. Nisa a passé sa jeunesse à Paris avec son père, émigré cinghalais, qui tenait, avenue Montaigne, une fromagerie-crèmerie. Elle est parfaitement francophone et est revenue aujourd’hui au Sri Lanka par amour du pays et de son époux, maraicher-horticulteur, et propose aujourd’hui des chambres d’hôtes dans ce magnifique manoir, résidence familiale de son mari.

Le couple est aussi charmant que la demeure dont Nisa aime à dire « Ma maison est rare car beaucoup de maisons en bois ont brûlé ». Maman jeune et comblée, elle aime tout particulièrement ce proverbe ancien de la culture bouddhiste : « La mère est le Bouddha de la famille ».

L’or vert du Sri Lanka : le thé

Sous l’emprise des portugais, Ceilao était réputée pour ses épices et tout particulièrement la cannelle. Ensuite, durant la colonisation britannique, c’est le café qui y fût à l’honneur mais une maladie anéantit tous les plants de café vers 1850. C’est alors que James Taylor, un colon intrépide, pensa à planter des plants de thé importés de Chine. La réussite fut immédiate et en 1880, le thé avait avantageusement supplanté le café.

Sir Thomas Lipton, dont le nom est célèbre dans le monde entier, fût le premier britannique à faire fortune avec le thé de Ceylan. L’aventure a démarré avec un petit arbuste versatile que ne se sentait bien qu’en altitude. De nos jours, le Sri Lanka est devenu le 4ème producteur de thé au monde et exporte plus de 90% de ses récoltes.

Connaissez-vous la Pedro Tea Estate & Factory ? Son excellente réputation serait due à un site remarquable situé à 1 910 mètres d’altitude, une politique environnementale très soucieuse du développement durable et du commerce équitable ainsi qu’à du personnel et des guides expérimentés et son thé fin et parfumé commercialisé à un prix très raisonnable par rapport à son excellente qualité.

Malgré la beauté et la sérénité du paysage rappelant les estampes japonaises et nous montrant des champs de thé à perte de vue comme un immense tapis sur les versants des montagnes, il ne faut pas oublier que la cueillette du thé, effectuée par des femmes d’origine tamoule, appelées «pluckers), est un travail extrêmement pénible. Une fois les feuilles récoltées, la fabrication du thé comprend 12 étapes telles que le séchage, le broyage (ou hachage), la fermentation, la déshydratation. Le triage du thé avec des tamis permet également de séparer les différentes qualités de thé et d’en définir les appellations.

Le label BOPF (Broken Orange Pekoe Fannings) est l’appellation la plus parfumée, la plus fine, en un mot la meilleure qui existe. Les feuilles de thé sélectionnées sont les plus jeunes et les plus vertes, tout en haut du plant. Siroter ce thé merveilleux est un moment de plaisir tellement exquis que Baudelaire disait : « Là tout n’est qu’ordre et beauthé, luxe, calme et volupthé ! ».

Ratnapura : Le saphir du Sri Lanka

Quel nom prédestiné pour la cité minière artisanale la plus célèbre du Sri Lanka ! Ratnapura signifie « Ville des pierres précieuses ». En 1293, Marco Polo y a récupéré le plus gros rubis au monde qu’il décrit dans son Livre des Merveilles comme « une paume de long, et aussi gros que le bras d’un homme ». Des centaines de mines privées sous licence de l’état, emploient aujourd’hui environ 10 000 personnes, dans un rayon de 30 km autour de la ville. On y extrait les fameuses pierres de lune, des grenats, des zircons, des améthystes et des « œils-de-chat ».

Les pierres les plus rares sont les saphirs bleus, les plus onéreuses aussi à cause de leur splendeur et de leur dureté. En effet, le saphir a une dureté de 9 et le diamant, la pierre précieuse la plus dure au monde a une dureté de 10. Les mines se trouvent partout : dans les champs, les jardins ou encore près des rivières. Mais ici tout est artisanal. Si un particulier creuse dans son jardin et y trouve un filon, une nouvelle mine est née.

Afin de préserver le plus possible l’environnement, l’exploitation de ces mines dépend du gouvernement qui interdit les mines trop importantes. La production augmente peu mais l’emploi local est conservé, car aucune multinationale de pourra jamais s’établir dans la région.

Des mineurs travaillent dans les galeries souterraines consolidées par des constructions de bois. Ils raclent la terre avec une petite pioche. Les seules machines autorisées sont des pompes motorisées, indispensables durant la saison des pluies, qui envoient l’eau à l’extérieur. En effet, Ratnapura détient un record national de pluviométrie annuelle qui peut parfois atteindre près de 4 mètres par an !

La terre, pleine de graviers est sortie à l’air libre à l’aide de poulies, de chaines et de cordages. La recherche des pierres précieuses est laborieuse malgré un lavage et un triage minutieux. Une œuvre raffinée d’orfèvrerie qui crée une alchimie unique et inestimable qui fait du Sri Lanka un saphir hors du commun.

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