Espagne : à la découverte de la Navarre

La célèbre expression populaire « Roi de France et de Navarre » nous rappelle que la Navarre était une ancienne province française sous l’Ancien Régime. Aujourd’hui, la Navarre est devenue une des plus belles provinces d’Espagne.

la navarre

Située entre le Pays Basque, l’Aragon et la Castille, au flanc des Pyrénées, la Navarre est un joyau de la nature qui nous propose une variété de paysages tous plus magnifiques les uns que les autres avec ses forêts profondes, ses larges plaines, ses montagnes et ses collines sans compter la vallée de l’Ebre, le désert des Bardenas Reales, ses villages  situés en altitude et sa capitale Pamplona (Pampelune).

Une province au climat très changeant… en se déplaçant du sud au nord, c’est comme si on remontait du Maroc vers la Savoie… Dépaysement assuré en visitant cette magnifique province située tout juste à la limite de la frontière française.

Avec un patrimoine tout à fait exceptionnel et gravé dans ses pierres, qu’il s’agisse de châteaux ou de simples habitations, la Navarre nous dévoile la richesse de son histoire et nous partage son identité culturelle….

Alors, en route pour la Navarre… !

Un peu d’histoire lorsque la Navarre était encore française

En Navarre, tout est rempli d’histoire : ses vallées (Baztan, Roncal, Salazar,…), ses monastères qui figurent parmi les plus anciens de toute l’Europe, et ses petites cités de caractère (Estella, Puenta la Reina)… et Roncevaux… qui ne connaît pas Roncevaux, ce lieu chargé d’histoire dans les forêts profondes des montagnes pyrénéennes ? Une visite dans ce haut-lieu est un véritable dépaysement sans obligatoirement devoir descendre plus au sud de la péninsule Ibérique.

A la fin du XIIème siècle, la Navarre est un puissant royaume sous influence française. Au décès de Sanche VII Le Fort, son neveu le Comte Thibaut de Champagne le remplace à la tête du royaume en 1234. Les dynasties nobles françaises se succéderont alors sur le trône de Navarre. Les familles françaises qui s’installeront dans la province sont appelées les « Francos » : Marigny, Chaminade, Cruzat,…

La Navarre passe sous domination espagnole en 1512 après son annexion par Charles Quint, de la dynastie des Habsbourg d’Espagne. En 1532, celui-ci renonce à la Basse-Navarre (Ultra-Puertos) qui se trouve en France au profit d’Henri II de Navarre, de la dynastie d’Albret, son propriétaire légitime et grand-père du futur roi Henri IV.

Pampelune et la tauromachie, la passion d’Hemingway

Chaque année, à Pamplona (Pampelune), se déroulent les Fêtes de la San Fermín au début du mois de juillet.

Lors de cet événement, important pour les navarrais, chaque matin, des taureaux sont libérés dans les rues de la ville et poursuivent des aficionados vêtus de chemises et pantalons blancs ainsi que de foulards et de bérets rouges. Cette course effrénée dans les rues de Pampelune constitue un des moments les plus débridés des Fêtes de la San Fermín. Elle est cependant très dangereuse et des blessés se comptent chaque année.

Le public assiste aux poursuites, bien abrité derrière des palissades de bois. Puis, les taureaux entrent dans l’arène et c’est alors le début de la corrida.

Ernest Hemingway (1899-1961), écrivain américain, se rendit à Pamplona (Pampelune) pour la première fois en 1923 alors qu’il était journaliste à Paris. Il fût tellement fasciné par cet événement qu’il y revint ensuite tous les ans jusqu’en 1959. Sa passion était telle qu’il l’a immortalisée dans l’un de ses tous premiers romans « Le soleil se lève aussi ». Prix Nobel de Littérature en 1954, une route porte aujourd’hui son nom (Ruta Hemingway) et on peut également admirer un buste sculpté de  l’écrivain américain près des Arènes (plaza de Toros) sur le Paseo Hemingway.

Sur la plaza del Castillo, se trouve également un des cafés les plus célèbres qu’à fréquenté Ernest Hemingway, le café Iruña. On peut y admirer un buste sculpté du romancier ainsi que des photos d’époque dans une salle nommée le «  rincón de Hemingway ». L’écrivain logeait tout près de là, au Grand Hôtel de la Perla, chambre 217.

Noblesse pour tous dans la vallée du Baztan

La plupart des maisons de la vallée du Baztan possèdent des blasons sculptés. Les habitants étaient-ils donc tous nobles ? La réponse se trouve encore une fois dans l’histoire de la province. Au XIIIème siècle, tous les habitants de la vallée aidèrent à repousser les Maures lors de la bataille de Navas de Tolosa. En remerciement pour leur bravoure, le roi de Navarre leur attribua à chacun un titre de noblesse et le privilège que chaque descendant qui naîtrait ici deviendrait un hidalgo, peu importe qu’il soit riche ou pauvre ! C’est ainsi qu’est née l’aristo-démocratie !

On peut en voir la matérialisation sur la place centrale du village d’Irurita situé à 4 km au sud d’Elizondo. Chaque maison (sauf deux) possède un blason gravé dans la très belle pierre en grès rouge de la région.

C’est aussi en Navarre que naquit Pedro de Ursua, le seul conquistador à avoir renoncé à l’Eldorado (El Dorado = Le Doré) pour l’amour d’une femme. Il s’était rendu au Pérou, à la tête d’une petite armée pour découvrir ce royaume imaginaire qui attisait tant les convoitises. Il fût assassiné, du fait de son abandon de cette quête impossible, par son second, Lope de Aguirre, qui prit alors la tête de l’expédition pour tenter de découvrir enfin cet Eldorado, dont le chef indien était, selon la légende, recouvert de paillettes d’or.

Un film vraiment remarquable « Aguirre ou la colère des Dieux », raconté par Werner Herzog, a d’ailleurs rendu hommage à ce fait historique célèbre et en relate l’épopée sanglante et d’une rare folie.

Pedro de Ursua est né à Arizcun vers 1525 dans un petit manoir ancien et plutôt rustique, au flanc de la colline.

Roncevaux : Saint-Jacques de Compostelle, 790 km !

Roncevalles (Roncevaux) est une vallée qui émerge des Pyrénées à 60 mètres d’altitude. C’est le point de départ des pèlerins qui prennent la route pour Saint-Jacques de Compostelle (Santiago). Ce voyage long et épuisant mais emprunt de mysticisme dure au minimum 23 jours et débute sur le site magnifique de Roncevaux !

Roncevaux est célèbre pour la bataille qui s’y est déroulée en 778. L’arrière-garde de Charlemagne y fut anéantie par les Vascons (Basques), alliés des Sarrasins, alors qu’elle menait un combat contre les Arabes. C’est là que Roland sonna du cor alors qu’il était à l’agonie (en fait… il s’agissait d’un olifant) avant de trouver la mort. De nos jours, tout le monde connaît la célèbre Chanson de Roland pour l’avoir appris à l’école.

La légende raconte que Charlemagne vînt lui-même en personne sur place rendre un dernier  hommage à ses chevaliers et ensevelir leurs ossements dans une chapelle.

L’ancien monastère de Roncevaux a été réaménagé et englobe aujourd’hui un refuge pour les pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle et un hôtel. Il comporte également une église, un cloître et la chapelle Saint-Augustin dans laquelle se trouve le gisant du roi Sanche VII Le Fort qui a gouverné la Navarre durant 40 ans. Après avoir gagné la bataille de Las Navas de Tolosa, il revint en vainqueur avec une émeraude et des chaînes saisies à l’émir maure qui avait été vaincu. Désormais, ces attributs, émeraude et chaînes, font partie intégrante du blason officiel de la Navarre !

La Navarre, terre de Saint François-Xavier

La Navarre a engendré des saints célèbres : Sainte Thérèse d’Avila, admirée par le poète Verlaine ainsi que Saint Ignace de Loyola, basque, qui faisait lui l’admiration de Somerset Maughan. Et bien sûr, Saint François-Xavier, originaire de Navarre et saint-patron des navarrais et également père des missions étrangères. Il est impossible de se rendre en Espagne, en particulier en Navarre, sans effectuer une incursion au sein du monde mystique de ce peuple.

Francisco Xavier de Jasso de Azpilicuelta y Aznarez (Saint François-Xavier, 1506-1552) est né dans le château de Javier, situé, tel un nid d’aigle, sur un pic rocheux surplombant la vallée du rio Aragón. Lorsqu’on vient de Sangüesa, l’accès à ce domaine, qui constitue une véritable oasis de verdure, se fait en empruntant une route qui monte vers une colline semi-aride.

Le château, presque totalement détruit au 16ème siècle a été reconstruit à l’identique de l’original au 19ème siècle.

Saint François-Xavier fit ses études à la Sorbonne en compagnie de Ignace de Loyola avec lequel il fonda ensuite la Compagnie de Jésus (les Jésuites). Il fut le premier à évangéliser les Indes, le Japon (où il séjourna de 1549 à 1551), Malacca et les Moluques. Le musée de la ville retrace le destin exceptionnel de ce « fou de Dieu de la Renaissance ».

Des rouleaux de papier peint (kakemono) sur la vie du saint et décorés d’idéogrammes nippons ont été offerts au musée par des chrétiens japonais. Un hôtel de Sangüesa porte également un nom japonais, l’hôtel Yamaguchi, nom de la première ville du Japon où Saint François-Xavier commença son évangélisation. Cette ville, qui se trouve près de l’île de Kyushu, est désormais jumelée avec Pampelune.

Un désert en pleine région navarre : les Bardens Reales

Cette zone aride couvre environ 400 km² et représente un des panoramas les plus saisissants de la région. Paradoxalement, ce désert se trouve à seulement quelques kilomètres au nord de l’une des plaines les plus fertiles de Navarre, la plaine de Tudela où sont cultivés les meilleurs légumes de la région.

On peut observer sur cette terre craquelée d’étonnantes formes rocailleuses qui donnent une impression d’éternité. Seuls poussent là quelques buissons d’épines et des touffes d’herbes jaunes. Le paysage ressemble fort à une savane sèche uniquement peuplée d’insectes, de reptiles et de quelques moutons où le vent et la poussière sont permanents et la pluie très rare. Cependant, lorsque la pluie survient, elle est d’une violence exceptionnelle mais ne dure jamais bien longtemps.

Dans les Bardens Reales, il n’y a presque rien, ni maisons, ni habitants, rien qu’une base militaire dont la fermeture est prévue pour permettre la création d’un parc national. Malgré sa désolation et son air inhospitalier, les Bardens Reales attirent chaque année des visiteurs très variés allant de simples randonneurs et  VTTistes aux artistes et poètes.

Terry Gilliam, cinéaste, projeta d’y tourner un film sur Don Quichotte en 2001 avec pour acteurs principaux Jean Rochefort et Johnny Depp. Malheureusement, sur cette terre très aride où il ne pleut quasiment jamais, il se mit à tomber des cordes et les avions militaires venant de la base militaire étaient également beaucoup trop bruyants. Pour couronner le tout, Jean Rochefort se blessa au dos… Finalement, ce fut un beau désastre… Terry Gilliam réussit tout de même à réaliser un making-off de  ce fiasco qu’il a nommé « Lost in La Mancha ».

Une Navarre pittoresque

Quelques lieux particulièrement étonnants que l’on ne s’attendrait pas à découvrir jalonnent notre parcours en Navarre :

Le tombeau de Borgia

Comment les restes de cet homme machiavélique ont-ils pu se retrouver dans cette magnifique région ? En fait, César Borgia s’était réfugié chez Juan III d’Albret, son beau-père, après avoir fui Rome. Il fut tué en 1507 pendant une bataille alors qu’il était à la tête des armées navarres et ses reliques reposent désormais dans l’église de Viana comme le rappelle une plaque apposée sur l’édifice.

Le berceau de Louis de Funès

Autre célébrité dont le nom est associé à la Navarre : Louis de Funès. En effet, près de Tuleda, se trouve un village du nom de Funès et qui possède un magnifique palais désaffecté. La famille de notre grand acteur comique national pourrait bien être originaire de ce village, étant l’héritier d’une famille noble navarraise qui, ruinée, à fui l’Espagne et est venue trouver refuge en France en 1904.

Une des plus vieilles chênaies d’Espagne

Durant mon parcours, j’ai également eu l’occasion de découvrir près d’Alsasua, le camping d’Etxarri, installé dans l’une des plus anciennes chênaies d’Espagne qui possède des chênes vieux d’au moins 400 ans. Un bel exemple d’éco-camping qui donne vraiment envie de s’y arrêter pour profiter des ces magnifiques chênes séculaires.

Merveilleuse fontaine à vin

La plus insolite peut-être de mes découvertes. À Ayegui, à côté de la ville d’Estella, j’ai découvert le monastère d’Irache où les moines, tout mystiques qu’ils étaient, possédaient également un grand sens pratique. Leur monastère se trouvant sur le chemin de Compostelle, ils avaient décidé de mettre à la disposition des pèlerins deux fontaines : une fontaine à eau et une fontaine à vin, ceci de façon totalement gratuite.

Aujourd’hui, la bodega Irache (viticulteur local) continue de perpétrer cette coutume généreuse. Il a installé dans le mur extérieur de la cave deux robinets séparés, un pour l’eau et un autre pour le vin. Il est ainsi possible d’assouvir sa soif, que l’on souhaite boire de l’eau ou du vin,  et ceci gratuitement. En Navarre, cette tradition est si bien ancrée que nul n’aurait l’idée de contester le bien-fondé de cette initiative. Où ailleurs dans le monde pourrait-on trouver un viticulteur proposant ainsi son vin aux pèlerins et autres randonneurs ?